
L’atelier se trouve tout au centre de la ville.
De la station Karasuma, moins de 10 minutes à pied !
L’atelier perpétue aujourd’hui ses techniques pour la réalisation d’une grande variété de produits — estampes, emballages pour restaurants traditionnels ou pâtisseries, éventails et éventails pliants de Kyoto — tout en continuant à perfectionner son savoir-faire. Ses techniques remontent aux estampes ukiyo-e de l’époque d’Edo.
À propos de l’atelier…
La fondation de cet atelier remonte à plus de 100 ans, en 1891. L’imprimeur M. Takenaka est à la 5e génération de l’atelier, il cherche constamment à innover tout en restant fidèle aux techniques traditionnelles. Il collabore notamment avec de jeunes artistes et s’engage aussi dans des démarches plus historiques, comme l’impression à partir de planches de bois anciennes.
M. Takenaka s’est également lancé dans un projet ambitieux : imprimer à partir d’anciennes planches conservées à la Bibliothèque nationale de France, à Paris.
Obtenir l’autorisation de toucher ces planches n’a pas été simple. Avec le temps, le bois devient fragile, et ces pièces doivent être manées avec une extrême précaution pour éviter tout risque de détérioration. Après de longues démarches et plusieurs négociations, il a finalement obtenu la permission d’y accéder et de tenter une réimpression à partir de ces matrices historiques.
Pour savoir ce qui s’est passé lors de cette expérience unique, le mieux est encore de lui poser la question directement : son récit est passionnant !
Bien sûr, la démonstration d’impression et les expériences à votre tour sont aussi des moments très intéressants… et surtout très amusants !


Voici quelques informations complémentaires sur l’estampe japonaise et le monde des artisans et des artistes.
Attention toutefois : il ne s’agit que d’une vue d’ensemble. Le mieux est de poser directement vos questions sur place !
Contexte historique – avènement et évolution
La plus ancienne gravure sur bois au monde[*1], issue du bouddhisme, montre que cette technique visait à diffuser largement les connaissances et les enseignements. Chaque étape du processus, de la gravure des planches à l’impression sur papier, était considérée comme une pratique bouddhiste. Pourtant, il ne reste pas beaucoup de matrices aujourd’hui, car on les considérait comme un outil d’impression jetable.
Au Japon, l’impression sur bois est longtemps restée liée au bouddhisme.
Ce n’est qu’à partir de l’époque de Kamakura (1185 ou 1192-1333), avec l’ouverture de la culture éditoriale aux aristocrates et aux samouraïs, qu’elle commence à se diffuser.

C’est à l’époque Muromachi (14e-16e siècles) que débute la diffusion des estampes sur bois, dans un contexte de développement de la culture éditoriale porté par l’essor de la littérature. Pour reproduire avec précision et à moindre coût des ouvrages jusque-là copiés à la main, la gravure sur bois s’impose progressivement.
À l’époque d’Edo (17e – 19e siècles), longue période de paix de plus de 250 ans, cette technique s’enracine profondément dans la culture populaire.
Les ukiyo-e, aujourd’hui exposés dans les musées, sont devenus des objets anciens dont la valeur dépend de leur proximité avec l’état d’origine. À l’époque, cependant, il s’agissait d’images populaires, produites en grande quantité et vendues à bas prix, sans être considérées comme des œuvres d’art. Elles étaient rarement encadrées : le plus souvent, on achetait des estampes représentant des acteurs de kabuki ou des geishas populaires, que l’on montrait ensuite à son entourage.
Cela explique pourquoi le papier devait être résistant : ces estampes étaient souvent transportées, manipulées à la main et s’usaient rapidement.
Au début du XXᵉ siècle, dans le contexte du japonisme, ces estampes — initialement considérées comme de simples images populaires — ont été redécouvertes en Europe. Les estampes japonaises ont été achetées en France à des prix très modestes, et elles ont beaucoup inspiré les artistes français, par exemple, Vincent van Gogh, Claude Monet et Paul Cézanne.

Dans la tradition occidentale, les formes étaient principalement rendues par le modelé, à travers le jeu des ombres et de la lumière, plutôt que par des lignes de contour. À l’inverse, les ukiyo-e japonais se distinguent par l’usage affirmé du trait, qui accentue le mouvement, le relief et l’impact visuel. Cette esthétique a profondément influencé de nombreux artistes occidentaux, qui ont progressivement intégré le contour comme élément expressif à part entière.
Langue japonaise, mal adaptée à l’impression typographique
Pendant environ 1 200 ans, les Japonais ont surtout utilisé la gravure sur bois pour imprimer les textes. Alors qu’en Europe, en revanche, c’est la typographie (avec des caractères mobiles) qui s’est imposée bien plus tôt. Pourquoi ?
Comme dans d’autres pays, la typographie a bien été introduite au Japon au Moyen Âge, mais elle n’a jamais vraiment pris. La raison principale vient de la complexité de la langue japonaise, qui utilise plusieurs systèmes d’écriture et surtout un nombre énorme de caractères.
Le japonais utilise trois écritures :
| Hiragana : 46 signes |
| Katakana : 46 signes |
| Kanji (caractères d’origine chinoise) : environ 3 000 pour l’usage courant, mais On ne connaît pas le nombre exact de kanji, mais il est estimé à plus de 100 000. Le Dai Kan-Wa Jiten, l’un des dictionnaires représentatifs, recense à lui seul environ 50 000. Les kanji couramment utilisés, qu’il s’agisse des caractères d’usage courant ou de ceux employés dans les noms propres, représentent environ 3 000 caractères. Les kanji d’usage courant sont au nombre de 1 026 pour les six années d’école primaire et de 1 110 pour les trois années de collège, soit un total de 2 136 caractères appris au cours de la scolarité obligatoire. |
Voilà pourquoi le japonais ne s’adapte pas facilement à la typographie : il est difficile de mettre en place un système avec des milliers de caractères. Trouver le bon caractère parmi tant d’autres demande un temps fou !
Contexte historique – Matière, bois
Au Japon, les cerisiers de montagne sont utilisés pour les planches de bois, mais dans la Chine ancienne, une variété de bois était utilisée, y compris l’azusa (le catalpa).
En Chine, où l’on utilise un papier souple adapté à la peinture à l’eau, la couleur est appliquée avec une pression légère.
Au Japon, en revanche, l’usage d’un papier plus rigide, comme le « hōsho », a conduit au développement d’une technique consistant à faire pénétrer la couleur en exerçant une forte pression.
Ces différences se sont perpétuées jusqu’à aujourd’hui et définissent les caractéristiques propres à l’estampe sur bois selon les pays et les régions.
梓 (catalpa)… Chine
Catalpa, les catalpas, est un genre de plantes à fleurs de la famille des Bignoniacées. Ce sont des arbres originaires d’Amérique du Nord et d’Asie de l’Est.

山桜, Yamazakura, cerisier de la montagne… Japon
La fleur nationale du Japon, appréciée depuis longtemps. On les trouve, les rues et les montagnes. Espèces sauvages de base du genre Cerisier, originaires du Japon. Souvent, les cerisiers sauvages des régions montagneuses sont parfois désignés collectivement sous le nom de yamazakura (littéralement traduit : cerisier de la montagne), ce qui ne fait pas la confusion avec le yamazakura en tant que variété.

Les Japonais ont privilégié le cerisier de montagne pour l’estampe sur bois, tout simplement parce qu’il est facile d’accès : il est largement présent dans les régions montagneuses du pays. Et aussi, sa dureté, parfaitement adaptée, permet de résister à la pression exercée lors de l’impression.
bois de fil ou debout
Il existe deux types de gravure sur bois : bois de fil et la gravure sur bois debout (coupe transversale).


La gravure sur bois traditionnelle japonaise est réalisée à partir de la technique de la gravure sur bois de fil.
Le cerisier de montagne est un arbre approprié, car il pousse droit, ce qui permet de prélever davantage de planches à partir de chaque branche, et de meilleure qualité.
Production selon les méthodes traditionnelles
Voici comment se déroulait traditionnellement la production d’une estampe japonaise.
Pour réaliser une estampe à partir d’un nouveau dessin, l’éditeur commence par élaborer le projet : il réfléchit au sujet, au marché potentiel et à la rentabilité de l’œuvre.
L’éditeur ne donne généralement que l’idée générale. Ce sont ensuite le dessinateur, le graveur et l’imprimeur qui prennent de nombreuses initiatives pour les détails.

Par exemple, à partir du premier dessin — qui n’indique souvent que les grandes lignes de la composition — le graveur développe et affine les détails du motif lors de la gravure des planches. De son côté, l’imprimeur propose et ajuste les couleurs.
En réalité, le choix des couleurs est un travail très délicat, qui demande à la fois une grande maîtrise technique et un sens esthétique très sûr.
Artisan ou artiste ?
Pour nous, ils sont tous des professionnels et ont des mains d’or dans leur domaine.
En japonais, artisans se dit 職人(shokunin), et artistes se dit 作家(sakka).
Pour eux, la différence entre ces deux termes est très importante.
Les artisans restent anonymes et ne s’occupent que d’une seule étape du processus de création — qui peut parfois en compter plus d’une dizaine pour un kimono, par exemple.
Pour eux, la rapidité et l’efficacité sont essentielles. Les résultats doivent être stables : c’est ce qui permet de vendre leurs produits à un coût raisonnable.La compétence de l’artisan consiste à transformer un dessin en réalité.
Les designers leur demandent parfois des choses difficiles à réaliser, avec des idées très abstraites ou vagues. Les artisans trouvent alors des solutions techniques solides et durables.
Les artistes prennent en charge presque toutes les étapes de la création.
Une œuvre d’art ne peut pas être vendue si l’artiste n’en est pas pleinement satisfait. Ils doivent donc maîtriser toutes les techniques nécessaires.

Si c’est un imprimeur, un artisan cherche à obtenir 100 feuilles parfaitement identiques, tandis qu’un artiste cherche une pièce unique, un chef-d’œuvre.
Baren

Outil pour l’impression classique, il se compose d’un disque intérieur, d’une poignée pour le tenir et est recouvert d’une feuille en bambou.
– technique
Au lieu d’appliquer la peinture par pression, on l’utilise de manière à ce qu’elle soit absorbée en douceur par les fibres du papier japonais.
La compétence d’un imprimeur consiste en partie à maîtriser l’utilisation du baren. Dans l’impression sur bois, la peinture est appliquée sur du papier japonais humide, c’est pourquoi on ajoute de l’huile de camélia au baren pour faciliter son glissement. Parfois, l’imprimeur applique le baren sur sa joue à la place.